
ETHANOL
FR.
C’est en m’enivrant de tous les fonds de bouteilles que j’avais disséminés ça et là dans l’appartement familial que je m’étais donné le courage d’affronter cette journée. J’y étais préparé, cela faisait des mois que la date était fixée. Elle paraissait lointaine, indistincte, comme un vague mirage qui n’arriverait de toute façon jamais. Mais ce jour est arrivé, cette fin d’après-midi au froid sec et au soleil si dur qu’il révélait mon état d’ébriété dans toute sa violence et sa cruauté. Alors que le soleil décline rapidement derrière les collines environnantes, c’est titubant que je pousse la porte d’entrée de cette clinique qui deviendra mon refuge pour les trois semaines à venir.
Depuis ce 9 janvier 2019, je n’ai pas touché à une goutte d’alcool, cette drogue dure dont la dépendance, une fois installée, est plus forte encore qu’à l’héroïne. Ce doux poison que l’on peut se procurer à chaque coin de rue, dans chaque bistrot ou chaque épicerie, et qui chaque année ôte 40.000 vies.
L’arrêt de l’alcool transforme une vie. Le rapport au monde, à son corps, aux autres et au temps n’est plus le même : toute la structure de l’existence est ébranlée et trouver un moyen de combler le vide laissé n’est pas chose aisée. Ce qui a motivé ce geste tient en un mot : « alcool » qui, en arabe, peut être traduit par « le voile ». J’ai fait le choix de lever ce voile.
EN.
It was by drinking myself into a stupor on all the dregs of bottles I had scattered here and there around the family apartment that I found the courage to face that day. I was prepared for it; the date had been set for months. It had seemed distant and hazy, like a vague mirage that would never actually arrive. But that day did come: a late afternoon of dry cold and such harsh sunlight that it exposed my drunken state in all its violence and cruelty. As the sun rapidly sank behind the surrounding hills, I staggered through the front door of the clinic that would become my refuge for the next three weeks.
Since January 9, 2019, I have not touched a drop of alcohol—this hard drug whose dependence, once established, is even stronger than heroin addiction. This sweet poison, available on every street corner, in every café and grocery store, claims 40,000 lives each year.
Giving up alcohol transforms a life. One’s relationship to the world, to one’s body, to others, and to time itself is no longer the same: the entire structure of existence is shaken, and finding a way to fill the void it leaves behind is no easy task. What motivated this decision can be summed up in one word: alcohol, which in Arabic can be translated as the veil. I chose to lift that veil.















































